Journée Nationale des allergies  Les allergies aux métaux 

Recherche rapide de produits

Choisir une catégorie ou une sous-catégorie

L’allergie aux métaux : y avez-vous déjà pensé ?

A l’occasion de la Journée française de l’Allergie, coup de projecteur sur une allergie méconnue mais bien réelle pour les patients et la pertinence des soins aujourd’hui : l’allergie aux métaux.

Le nombre de Français allergiques a doublé en 20 ans : aujourd’hui, les allergies touchent près de 30% de la population, soit 18 millions de personnes. Selon l’OMS (Organisation Mondiale de Santé), les allergies seraient le 4e problème de santé publique au niveau mondial.

Parmi elles, l’allergie aux métaux est moins connue, mais elle n’est pas rare : en effet, on estime que 10% à 15% de la population sont dits « sensibles aux métaux », principalement au nickel, au chrome et au cobalt*. Bijoux en « toc », boucles de ceinture ou encore matériaux de l’environnement professionnel, les allergies de contact à un métal se manifesteraient ainsi chez plus d’une personne sur cinq. Elles se traduisent par des réactions dermatologiques comme l’eczéma (rougeurs et démangeaisons). 

Prothèses médicales : quand un bienfait peut devenir une complication

D’une simple gêne dans la vie quotidienne, ces réactions allergiques peuvent être source de complications médicales lorsque le métal est présent dans l’organisme. Une allergie de contact aux matériaux utilisés dans les implants, ou aux composants contenus dans le ciment, est possible et peut conduire à une intolérance aux implants.

Si tous les types d’implants métalliques peuvent être potentiellement concernés (dentaires, cardiovasculaires…), la situation en orthopédie est particulière du fait des frottements et de l’usure auxquels les prothèses sont soumises. En effet, au fil des années et de la corrosion du métal, des débris et des ions sont relargués dans l’organisme. Ainsi, 20 à 25 % des patients présentent une sensibilité au métal après arthroplastie2. Toutefois, seule une faible proportion d’entre eux développe une symptomatologie**. 

Un enjeu pour le patient et le système de soins

Sur la totalité des arthroplasties du genou réalisées en France, 10% environ sont des reprises de prothèse. Si les causes les plus courantes de ré-intervention sont d’ordre infectieux et mécanique***, une allergie aux métaux peut expliquer la survenue de réactions cutanées, de douleurs invalidantes ou d’un descellement aseptique de la prothèse.

Dialoguer pour explorer toutes les pistes

« Face à ces manifestations, et après avoir écarté toute cause infectieuse ou hypothèse de malposition, il faut penser à la possibilité d’une allergie aux métaux. Pour orienter le diagnostic, l’interrogatoire du patient est essentiel. Il permet de retrouver des antécédents d’allergies aux métaux pré-existantes à la pose de prothèse » explique le Pr Patrice Mertl, chef de service chirurgie orthopédique et traumatologique au CHU d’Amiens.

Ainsi, l’interrogatoire du patient candidat à une prothèse sur ses antécédents est un élément incontournable. Un patient qui a déjà réagi par une allergie de contact à un métal – bijoux, ceinture, clés… – présente plus de risque de manifester une allergie à son implant.

Sensibiliser à l’hypersensibilité

« L’allergie aux métaux est encore un sujet que l’on peut considérer comme “confidentiel” dans la profession médicale, y compris chez les orthopédistes. Il n’existe actuellement pas de consensus et de recommandations précises sur ce point, tant sur la conduite à tenir en consultation en amont ou sur le suivi après l’opération. Pourtant, il est facile d’avoir, si ce n’est des certitudes, au moins des pistes. »

Au-delà de l’interrogatoire du patient, différents tests peuvent également appuyer le diagnostic (patch–tests ou tests épicutanés, test de transformation lymphocytaire ou TTL). 

« Le diagnostic d’une allergie aux métaux due à un implant est difficile, notamment parce que l’allergie n’est pas la première cause d’échec d’un implant. Il est en effet très important, avant de penser à l’allergie, d’écarter toute infection ou malposition de la prothèse. Toutefois, des douleurs persistantes inexpliquées au-delà de 2-3 mois après l’intervention, des signes radiographiques anormaux et précoces, ou encore des réactions cutanées de type eczéma (plutôt rares d’après mon expérience) doivent alerter le praticien et le patient qui doit consulter » alerte le Pr Mertl.

Avant une chirurgie orthopédique, pensons tous au dépistage

Le questionnaire de la SFHG disponible sur le site www.sfhg.fr permet d’orienter le chirurgien lors de l’interrogation du patient et de déterminer si le patient présente un risque d’allergie ignorée, afin de choisir le matériel prothétique adapté.

Là encore, c’est le dialogue médecin/patient qui permettra de faire le bon choix et de prévenir les risques à long terme pour le patient. Et les dépenses inutiles.

Alors, pensons tous au dépistage…

 

*Hallab et al. Metal sensitivity in patients with orthopaedics implants. J. Bone Joint Surg. Am. 83 : 428, 2001.
**Gao X et al. Dermatisis associated with chromium following total knee arthroplasty. J Arthroplasty 2010 ; 26 : 665.e13-6.
***Sharkey PF, Hozack WJ, Rothman RH, Shastri S, Jacoby SM. Why Are Total Knee Arthroplasties Failing Today? Clin Orthop Relat Res. 2002 Nov ; (404) : 7-13