Lutte contre les erreurs médicamenteuses Où en sommes-nous ?

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Lutte contre les erreurs médicamenteuses : où en sommes-nous ?

Quand l’étape de l’administration représente 40% des erreurs médicamenteuses*, des initiatives émergent pour sécuriser les administrations en oncologie.

Dans leur rapport remis en 2013 au Ministère des Affaires Sociales et de la Santé, Bernard Bégaud et Dominique Costagliola avancent une “fourchette de 10 000 à 30 000 pour le nombre de décès attribuables chaque année en France à un accident médicamenteux” [1].

Ces décès de patients représenteraient ainsi plus de quatre fois la mortalité routière, alors que le circuit du médicament est réglementé et que les équipes soignantes sont formées, professionnelles et attentives.

Aux Etats-Unis, un constat similaire dès 1999 [2] a poussé les pouvoirs publics à favoriser l’informatisation complète du circuit du médicament dans les établissements de soins. Cette informatisation a permis d’améliorer la sécurité de la prise en charge médicamenteuse tout en aidant les personnels soignants à s’assurer qu’ils respectent le principe dit des “5B” : administrer le Bon médicament au Bon patient, à la Bonne dose, par la Bonne voie et au Bon moment. 

Des initiatives à toutes les échelles

Une dizaine d’années après leur état des lieux, les Etats-Unis ont déployé des circuits du médicament totalement informatisés dans près de 60% de leurs établissements de soins. Résultat : jusqu’à 90% d’erreurs et d’effets indésirables graves en moins, soit 6 020 décès et 301 000 événements indésirables graves évités sur la seule année 2013 ! En plus de l’amélioration de la qualité, cette informatisation fait économiser près d’1,5 milliards de dollars (1,3 milliards d’euros) par an selon le rapport de l’AHRQ (Agency for Healthcare Research & Quality), équivalent américain de la HAS [3].

En parallèle, l’OMS (l’Organisation Mondiale de la Santé) s’est également emparée du sujet en lançant en mars 2017 le Défi mondial pour la sécurité des patients, avec un objectif de réduire de 50% les erreurs médicamenteuses dans le monde. En France, des programmes comme Hôpital Numérique encouragent l’informatisation du circuit du médicament mais se concentrent uniquement sur certaines étapes du circuit du médicament[4].

Un circuit partiellement sécurisé

En France, la sécurisation grâce à l’informatisation du circuit du médicament a démarré plus progressivement, avec des logiciels d’aide à la prescription (LAP) et des dossiers patients informatisés (DPI). Néanmoins, l’étape intermédiaire de l’administration reste principalement manuelle et les personnels soignants ne disposent pas de réel outil au chevet du patient pour vérifier que les 5B sont respectés [5].

D’après des études réalisées au Royaume-Uni, en France et au Danemark, il a été relevé que l’étape de l’administration est à l’origine d’une proportion conséquente des erreurs médicamenteuses [6] [7] [8], une étape qu’il faudrait donc informatiser afin de la rendre plus sûre.

De plus, en informatisant ce chaînon manquant, on obtiendrait un circuit en “boucle fermée”, où la donnée générée lors de la prescription suit un circuit totalement informatisé tout au long de la prise en charge médicamenteuse, jusqu’à l’enregistrement des informations du traitement dans le dossier patient informatisé.

Priorité à l’Oncologie

Le risque associé à une erreur médicamenteuse est encore plus grand lorsqu’elle est liée à des médicaments à risque ou à faible marge de tolérance. C’est pourquoi les administrations de chimiothérapies anticancéreuses sont particulièrement sensibles.

A ce jour, l’informatisation des prescriptions et de la traçabilité en Oncologie est achevée pour la quasi-totalité des établissements de soins français, tandis que se développent des solutions visant à sécuriser l’étape de la préparation. La prochaine étape à l’échelle nationale est donc de « boucler la boucle » grâce à la mise en place d’un système de sécurisation de l’administration. 

Des bénéfices prometteurs

Une telle évolution présenterait plusieurs intérêts liés à la performance de l’organisation des soins :

Sécuriser l’administration des chimiothérapies

L’administration d’un traitement est autorisée uniquement lorsque tous les feux sont au vert : la solution valide que le Bon patient reçoit le Bon médicament à la Bonne dose par la Bonne voie d’administration au Bon moment (5B). 

Améliorer la sérénité des équipes soignantes

Alors que nous sollicitons sans cesse davantage les équipes infirmières, cette piste a le mérité de leur offrir une solution qui vise à les rassurer, en vérifiant avec eux que le traitement est bien programmé. En plus, une telle solution permettrait de gagner du temps en supprimant la programmation manuelle des pompes à perfusion.

Assurer une meilleure traçabilité

Informatiser l’acte d’administration permet la collecte de plusieurs informations en temps réel, de sorte que les données enregistrées dans le dossier informatique du patient sont plus précises et exhaustives qu’avant. De plus, cet enregistrement automatique évite aux équipes soignantes des saisies manuelles très chronophages. 

Sources :
*Bilan du guichet des erreurs médicamenteuses, ANSM 2010
[1] Rapport sur la surveillance et la promotion du bon usage du médicament en France, Bernard BEGAUD et Dominique COSTAGLIOLA, 2013
[2] To err is human : building a safer health system, Institute of Medicine, 1999
[3] Annual hospital-acquired condition rate and estimates of cost savings and deaths averted from 2010 to 2013, AHRQ, 2015
[4] Prescription électronique : faire adhérer les praticiens, ANAP 2014 (p.2)
[5] Outils de sécurisation et d'autoévaluation de l'administration des médicaments, HAS, 2013
[6] Guichet des erreurs médicamenteuses : bilan d’activité 2012-2014, ANSM, 2015
[7] National Patient Safety Agency. Safety in doses, medication safety incidents in the NHS. www.npsa.nhs.uk/patientsafety/alerts-and-directives/directivesguidance/safety-in-doses/
[8] Lisby M, Nielsen LP, Mainz J. Errors in the medication process: frequency, type, and potential clinical consequences. Int J Qual Health Care. 2005; 17:15-22