Stérilisation à l'hôpital opération "zéro bactérie"

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Stérilisation à l’hôpital : opération « zéro bactérie »

Pinces, endoscopes, scies … stériliser les dispositifs médicaux obéit à des règles très strictes, particulièrement en France. L’enjeu est d’éviter les infections bien sûr, mais aussi de remettre aux équipes de bloc des compositions prêtes à l’emploi. Plongée dans un univers fermé, sécurité oblige ! avec Martine Le Verger, Pharmacien responsable Stérilisation au CHU de Tours (37).

Quel est le rôle d’un service de stérilisation ?

Notre rôle est de garantir la livraison de dispositifs médicaux dans un état stérile au bloc opératoire et dans les unités de soins. A 80% notre activité est orientée vers le bloc, les services utilisant surtout des dispositifs à usage unique. Les dispositifs médicaux que nous stérilisons sont de complexité très variable, de la simple pince Kocher aux optiques de robot en passant par les moteurs d’orthopédie, les lames de scie… 

Est-ce efficace ?

Aujourd’hui, il est peu probable qu’une infection nosocomiale soit causée par un problème de stérilisation. En France, la réglementation est particulièrement stricte : les équipes de soins ont l’obligation de prédésinfecter les dispositifs médicaux à l’aide de détergent désinfectant, avant de nous les confier. L’instrument souillé passe ensuite par une succession d’étapes (lavage, recomposition, conditionnement, stérilisation) soigneusement tracées dans notre service, avant d’être remis, stérile, à disposition des équipes. 

Par sécurité, vous travaillez à huis clos ?

Oui, nous sommes un service fermé. Nous travaillons en zones à atmosphère contrôlée pour les étapes qui suivent le lavage. Mais notre état d’esprit est la proximité avec les équipes de soins. La communication est importante pour bien comprendre nos enjeux mutuels. Nous voulons favoriser une culture positive de l’erreur : déclarer toute non-conformité, que ce soit au bloc ou dans les services de soins. Dans cette logique de partenariat, nous ne nous contentons pas de stériliser les kits d’instrumentation, nous nous assurons aussi qu’ils soient complets et fonctionnels avant de les remettre en circulation. Nous avons l’obligation de disposer d’un système de management de la qualité. De nombreux services de stérilisation sont certifiés ISO9001 voire ISO13485.

Concrètement, comment fonctionne votre service ?

Des zones sont dédiées à chaque étape. Nous réceptionnons les « plateaux » (NDR : kits utilisés pour une opération ou une partie d’opération)1, vérifions que la prédésinfection préalable a bien été effectuée et trions les nombreux dispositifs qu’ils contiennent, selon une codification précise. La plupart sont compatibles avec les laveurs désinfecteurs, d’autres sont à traiter manuellement. La qualité du lavage est contrôlée puis les dispositifs médicaux sont vérifiés afin de s’assurer de leur fonctionnalité (adressés en réparation si besoin). Les plateaux sont ensuite recomposés selon un listing préétabli avec le chirurgien puis conditionnés dans un sachet papier/plastique, un conteneur en aluminium ou un emballage à usage unique en vue d’être chargés dans les autoclaves. L’étape de stérilisation utilise la vapeur d’eau saturée avec un plateau de 18 minutes à 134°C. Le processus complet de stérilisation, intégrant toutes ces étapes, les contrôles et la traçabilité, dure environ 4 heures. 

Quelles sont les nouveaux défis et les innovations dans ce domaine ?

Avec la cœliochirurgie et la robotisation, nous avons affaire à une instrumentation plus fine et plus complexe. Certains optiques de robots, thermosensibles, doivent être stérilisés à basse température. Autre évolution : certains chirurgiens impriment leurs dispositifs en 3D, par exemple les guides de coupe. Le chirurgien prend alors le statut de fabricant et, à ce titre, il a la responsabilité de nous donner toutes les indications nécessaires au retraitement du dispositif.

Un secteur à part entière de la pharmacie hospitalière

Avec 2 000 lits et 55 salles de blocs pour un peu plus de 36 000 interventions par an, le CHU de Tours dispose de deux unités de stérilisation, sous la responsabilité d’un pharmacien dédié avec un peu plus de 60 personnes (préparateurs en pharmacie, ouvriers professionnels qualifiés, agents logistiques). 

Les infections nosocomiales en chiffres (2)

Les infections nosocomiales sont des infections associées aux soins ayant été contractées au sein d’un établissement de santé3. Elles représentent :

  • 750 000 cas sur les 15 millions d’hospitalisations annuelles
  • Soit 6 % à 7 % des hospitalisations en France
  • 4 200 décès directs
  • Un coût estimé entre 2,4 et 6 milliards d'euros
  • De 340 euros en moyenne pour une infection urinaire à 40 000 euros pour une bactériémie sévère en réanimation

Références :

1 Chaque intervention chirurgicale utilise un ou plusieurs plateaux d’instruments, selon la complexité (jusqu’à une quinzaine en orthopédie), chaque plateau contenant d’une dizaine à une centaine d’instruments.
2 Chiffres issus de « Prévenir les infections nosocomiales : une exigence de qualité des soins hospitaliers », rapport de M. Alain VASSELLE, Sénateur - 22 juin 2006, téléchargeable sur https://www.senat.fr/notice-rapport/2005/r05-421-notice.html
3 Ministère des Solidarités et de la Santé « Infections associées aux soins - IAS », en ligne sur : https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/qualite-des-soins-et-pratiques/securite/infections-associees-aux-soins-ias/ (dernière consultation le 11/10/2019)

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