Chirurgie mini-invasive la reconstruction à cœur

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Chirurgie mini-invasive : la reconstruction à cœur

Les progrès technologiques favorisent l’essor d’une chirurgie cardiaque mini-invasive de haute précision. Opérer par incision entre les côtes plutôt qu’en ouvrant le thorax minimise le traumatisme peropératoire pour le patient et renforce l’efficience budgétaire pour les établissements de santé. Illustration avec la chirurgie de la valve mitrale, en 5 questions au Dr. Patrick Périer, chirurgien expert au centre cardiovasculaire de Bad Neustadt, Allemagne.

Comment expliquer la dynamique de déploiement de la chirurgie cardiaque mini-invasive ?

Patrick Périer : La raison est simple : les endoscopes ont gagné en ergonomie et les technologies de visualisation ont fait d’énormes progrès ! En quelques années, nous sommes passés d’images un peu grossières en deux dimensions à de la 3D haute définition. La visualisation 3D permet d’apprécier la profondeur de champ et la richesse de détails apportés par ce type de vidéo facilitent grandement le travail et l’apprentissage d’une technique chirurgicale limitant les transfusions et les séquelles. L’apport de la robotique est pour l’heure plus discutable, les résultats n’étant pas améliorés par l’emploi de la machine. Le confort du praticien est pour sa part amélioré, mais à mettre en balance avec les coûts pour l’heure élevés. Mais qui sait ce que l’avenir nous réserve dans ce domaine ? 

Au-delà des bénéfices pour les patients, quel intérêt pour les établissements de santé à passer au mini-invasif ?

P. P. : Un programme de chirurgie cardiaque mini-invasive bien organisé assure une sortie plus rapide des patients et donc une meilleure efficience économique pour l’établissement, surtout si la rémunération se fait au forfait, comme c’est le cas en Allemagne. L’intervention elle-même n’est pas beaucoup plus longue qu’avec une sternotomie (NDR : ouverture du sternum)… avec un peu d’expérience pratique.

Les approches mini-invasives sont également des marqueurs de qualité valorisés par les établissements, dans un contexte où la réputation est très importante pour assurer la pérennité économique des structures.

Les patients sont-ils réellement demandeurs ?

P. P. : Oui, c’est une attente forte. Les patients sont très bien informés grâce à Internet. Ils viennent parfois de très loin pour bénéficier des avantages d’une procédure synonyme de moindre douleur et d’un retour plus rapide à la maison, et d’une reprise plus rapide d’une activité normale. Sans oublier un aspect primordial : le rapport à soi-même. Des petites cicatrices latérales permettent plus facilement « d’oublier » sa vulnérabilité et de se reconstruire que la vision quotidienne d’une grande cicatrice au milieu de son torse.

Qui peut profiter de ce type d’intervention ?

P. P. : 99 % des patients présentant une dégénérescence de la valve mitrale. Les contre-indications (calcification de la valve, adhérence pulmonaire, maladie vasculaire sévère…) sont rares et les résultats excellents, puisque nous parvenons à réparer la valve plutôt que la remplacer par une prothèse artificielle. Il existe toutefois des cas où la sternotomie reste incontournable, notamment les interventions multiples, de type pontage coronarien avec valve mitrale, réparation mitrale et aortique simultanée, etc. 

Comment l’utilisation du mini-invasif va-t-elle évoluer dans les années à venir ?

P. P. : Je vois deux directions. La première : une homogénéisation mondiale de la pratique. Certains pays, comme l’Allemagne, réalisent déjà la majorité des opérations sur valve mitrale par ce biais. D’autres pays en sont loin, mais les bénéfices apportés par cette pratique les incitent à combler leur retard. Le Japon sera par exemple parmi les leaders mondiaux d’ici 5 ans. La seconde voie d’évolution est bien entendu technologique. Il y a déjà eu de nombreux progrès, mais le secteur est très dynamique et je ne doute pas que les industriels proposeront des outils toujours plus adaptés aux besoins des praticiens et aux attentes des patients. Enfin, la démocratisation de la pratique passera par une diffusion des outils et un accompagnement des chirurgiens désireux de s’y former.